Rings Of Power, House Of The Dragon, et petite sirène

Alors, j’ai une provoqué une mini-polémique sur Facebook en partageant un article du HuffPost il y a quelques jours. Le sujet, c’était le racisme dont font l’objet les films et séries comme Rings Of Power, House Of The Dragon, et Little Mermaid. Donc, j’ai posté l’article et j’ai juste écrit ça en commentaire à propos de Rings of Power :

Je pense qu’on n’est pas allé assez loin. Moi, j’aurais aussi ajouté des elfes dans le peuple des nains, parce si on y réfléchit, avoir un peuple composé uniquement de nains dans un film, c’est un peu stigmatiser les nains. Et des petites sirènes aussi, parce que les femmes-poissons sont complètement sous-représentées dans les récits de Tolkien. On n’y comprendrait plus rien, mais on aurait la conscience tranquille

Suite à ce post, un copain (que je connais) a immédiatement répondu avec une opinion plus ou moins en accord avec la mienne, et un autre (que je connais aussi) l’a immédiatement pris pour un type d’extrême droite et a répondu à son commentaire. Quand leur discussion était terminée, il y avait deux tonnes de texte dans ce post.

Pour la suite de cet article, il est important de mentionner que chaque fois que vous commentez un post, il reprend sa première place dans le mur de vos amis, qui ont donc à chaque fois une nouvelle chance de le remarquer au cas où ils l’auraient loupé (ce qui arrive souvent quand vous avez 30 millions d’amis et tout un paquet de posts).

Le lendemain, avec juste une poignée de likes et deux tonnes de commentaires qui faisaient constamment remonter le post, en me limitant seulement à Facebook (et en gardant à l’esprit que je n’ai pratiquement aucune notoriété en tant que scénariste), j’avais trois nouvelles ventes sur Amazon, et quatre nouvelles interactions aux pages de fans de mes livres. Le nombre de mes demandes d’amis a également doublé pendant quelques jours (bon OK, il était passé de 3 à 6 par jour, mais… il a doublé).

Bref, j’avais gagné un peu d’argent et de notoriété (qui mène à de l’argent). Et ça, c’était juste moi. Imaginez le pognon que pourrait se faire quelqu’un de réellement connu avec une simple opinion.

Et c’est normal, parce qu’avec toute cette polémique, il y a quelques subtilités qu’on ne comprend pas forcément quand on n’a pas l’habitude. Et comptez sur moi pour me défouler en vous les expliquant.

Alors tout d’abord, si vous voulez casser un pays, il faut contrôler ses deux partis extrémistes. Pas juste l’extrême droite comme beaucoup on l’air de le penser en se réfugiant comme des cons dans une extrême gauche qui ne ressemble plus à rien. Il faut contrôler l’extrême gauche aussi, afin de littéralement polariser les opinions. Et si vous avez un doute sur ce que j’avance, demandez tout simplement à vos petits amis d’extrême droite et d’extrême gauche ce qu’ils pensent de Poutine, de la Russie, et de la guerre en Ukraine. Vous allez avoir la surprise de constater qu’ils ont tous exactement les mêmes opinions sur ces sujets alors qu’ils sont à l’opposé sur tout le reste. Ils savent tous qu’on ne nous dit pas tout, que l’Ukraine n’est pas toute blanche (désolé pour l’expression), que des nazis, il y en a vraiment (et à la limite, quand on dit qu’il y a des nazis dans un pays, on ne risque pas de se tromper…), que Poutine a peut-être raison, etc. Quels que soient les extrêmes, le poutinisme est une constante.

Donc une fois qu’on contrôle les extrêmes, dès qu’on a le signe d’une polémique qui pourrait concerner un peu tout le monde, les faux comptes extrémistes balancent des posts en masse, tout le monde se met en colère, et socialement, les problèmes commencent.

Tout cela au bénéfice du pays d’à côté.

Et là, les journalistes se rendent compte que quelque chose ne va pas (principalement en allant piocher leurs infos dans les dossiers de presse du site de l’AFP). Et quand il y a une polémique, si vous écrivez un article dessus, tout le monde va cliquer, au moins par curiosité, pour être informé. Donc, il y a du pognon à se faire. Donc on a tout intérêt à ce que la polémique dure quand même un certain temps.

Et du jour au lendemain, le péquin moyen ne sait plus où il en est, parce qu’il faut subitement prendre position sur un problème qui n’avait pas l’air si important avant. Et plus les gens s’expriment, plus ils font circuler le pognon.

Après c’est vrai que personnellement, je ne peux pas comprendre cette polémique, même si je l’avais prévue au point que j’en parlais déjà il y a bientôt six ans dans la partie Quotas, diversité et racisme en tout genre de mon livre Dix ans de galère. Je ne peux pas la comprendre parce que j’ai été élevé avec les Mad Movies de Jean-Pierre Putters, l’Écho des savanes Spécial USA, les vieux Strange, et plein d’autres magazines des années 70. J’ai été très tôt exposé aux films de Blaxploitation, et je me suis régalé à tous les regarder bien plus tard, lors de mes premiers abonnements satellites (à l’époque où je gagnais une blinde). Les comics avec des héros black ou femmes, pour nous, c’était juste normal, et on aimait ça en plus. On se rendait bien compte qu’on était un peu en avance sur les courants sociaux, on était très marginalisés, mais on s’en foutait parce qu’on s’éclatait.

En 2022, on a ajouté un élément apparemment primordial au visionnage de films : l’identification. L’identification, ça correspond à cette petite noire qui regarde la photo de la petite sirène en extase parce qu’elle est noire aussi, et que ça pourrait être elle, en train de nager avec sa grosse queue de poisson à la place des jambes.

Du coup, après avoir lu cet article du HuffPost, j’imagine bien un petit blanc qui va voir la petite sirène, se régale littéralement parce que ce sera probablement un très bon film, puis sort du cinéma en se demandant s’il est normal, ou s’il n’aurait pas un genre de syndrome de déficience d’identification ou une autre maladie mentale grave qui en ferait quelqu’un de… différent. Pas fou, hein ? Mais différent… Moi-même, je prévois d’aller voir Black Panther en novembre, mais n’étant pas noir, et après avoir lu les commentaires des psys sur le sujet, je me demande si c’est normal. J’apprécie également les séries comme Sense 8 et Sandman, qui sont ouvertement gays, et un tas d’autres trucs qui ne correspondent pas à mon… heu… modèle d’identification ? Comment on appelle ça, dans le langage des psys au fait ? Allez, Modèle d’identification, ça fait informatisé, ça fait Fiche d’identité, ça fait 2022. Ça n’existe pas et on devrait l’inventer, alors autant adopter le terme.

Donc, alors, du coup, qu’est-ce que je suis censé aller voir comme film pour être en accord avec mon Modèle d’identification ? Je suis sûr que j’aurais des surprises…

Allez, aujourd’hui je vous laisse avec une galerie de BD 100% franchouillardes. La plupart de ces BD ont été réalisées par des juifs, mais je vous promets d’ajouter un peu plus de BD de Franquin pour la diversité. Je me sens obligé de l’écrire ici, parce qu’en 2022, ça a l’air très important pour les cons. Comme ça, vous le savez, voilà.

A propos Eric Peyron

Eric Peyron n'est un Expert en Rien. Après trois années de Fac dont deux redoublements, Peyron a commencé les petits boulots en intérim pour gagner un peu de blé. Heureusement, inconditionnel de comics en version originale (à cause de la censure et des traductions lamentables de la plupart des versions françaises de l'époque), Peyron est rapidement devenu traducteur d'anglais autodidacte pour des magazines informatiques des années 1990-2000, puis pour de nombreuses sociétés de traduction. Suite au refus par ces mêmes sociétés d'accepter une augmentation de ses tarifs en vingt ans, Peyron a fini par revenir à ses premiers boulots au SMIC, qui paradoxalement, vingt ans plus tard, rapportent plus que des traductions techniques… Actuellement, l'Expert en Tout fait donc de la mise en rayon, des inventaires et démonstrations en grande surface, monte et démonte des stands d'animation, donne des flyers aux passants dans la rue, distribue des prospectus dans vos boîtes aux lettres, et remplace des affiches dans les toilettes des bars et restaurants. De jour comme de nuit. Accessoirement, il est aussi auteur de BD en auto-édition, mais ça, vous le savez probablement déjà. Bref, Peyron est un type qui ne comprend absolument rien à rien, comme la plupart des imbéciles qui se baladent régulièrement sur les réseaux sociaux, mais ça va pas l'empêcher de donner son avis !

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