Sécurité sociale et données de santé

Alors il m’est arrivé un truc bizarre ces derniers jours. Comme je suis à la fois auto-entrepreneur et salarié (je cumule plusieurs professions), j’étais l’année dernière inscrit à deux caisses de sécurité sociale pour lesquelles je cotisais en double, comme il se doit (cherchez pas à comprendre. C’est effectivement scandaleux, mais c’est comme ça…). Heureusement, en janvier, le gouvernement a décidé de fusionner ces deux comptes. Tout va maintenant beaucoup mieux : au lieu de prendre en compte mes dernières données, la sécu a tenu compte des données enregistrées lors de la création de mon entreprise, et enregistré par défaut sur mon compte fusionné mon ancien médecin traitant et mon ancienne mutuelle. Et je cotise toujours en double, mais, cette fois pour la même caisse (là, il n’y a pas de bug. C’est normal…)

Comme je suis relativement négligeant concernant mes comptes administratifs (dans l’idéal, on doit toujours tout recompter et tout revérifier sur tous les comptes, pour réagir rapidement en cas d’erreur administrative ou informatique, mais j’ai du mal à m’y mettre), je m’en suis rendu compte par hasard quand j’ai changé de mutuelle et que je me suis aperçu que les remboursements de la nouvelle mutuelle étaient bloqués. Et là, ça devient un peu compliqué, parce qu’entre la création de mon entreprise et cette année, j’ai cotisé successivement à trois mutuelles : dont une mutuelle obligatoire lorsque j’étais distributeur de prospectus (salarié et en CDI) jusqu’en septembre, quand j’ai démissionné pour me consacrer presque exclusivement à mes emplois salariés intérimaires. Heureusement, il suffisait de téléphoner à la sécu. En théorie.

Quand j’ai demandé à la sécu de régulariser ma situation, mon interlocutrice m’a demandé de m’occuper des démarches moi-même… Parce que si on raisonne logiquement, si je veux une autre mutuelle et un autre médecin traitant que ceux enregistrés dans mon dossier, c’est à moi de faire les démarches… Si on raisonne logiquement en partant d’une base erronée, bien sûr…

En attendant, pendant presque un an, j’ai été mal remboursé de mes rendez-vous chez mon médecin traitant puisqu’à mon insu, il n’était plus mon médecin traitant par défaut (vous suivez toujours ?).

Maintenant, pour mettre à jour le dossier avec les bons intervenants, il faut que mon ancienne mutuelle (celle à laquelle j’ai adhéré lors de la création de mon entreprise) s’occupe de se désinscrire de mon compte pour débloquer les remboursements de ma troisième mutuelle, et que mon médecin traitant actuel m’écrive une déclaration sur l’honneur attestant qu’il est bien mon médecin traitant depuis la date normale, et me transmette un duplicata d’inscription comme médecin traitant… que j’enverrai à la sécu pour qu’elle régularise ses remboursements… Tout cela à cause d’une erreur qui est très probablement une erreur informatique.

Et tout ceci me fait penser à ce paragraphe sur la numérisation des données de santé, que j’avais effacé de ce site et gardé en réserve pour un futur article. Ben tiens, je crois que c’est le moment.

On beaucoup parlé de la première application gouvernementale Stop COVID, qui était notamment critiquée avant sa mise en place, par rapport à son rôle dans la confidentialité des données de santé. Est-ce que l’État n’allait pas vous ficher, vous discriminer à votre insu à partir de vos données de santé, voire, si vous avez chopé le virus, vous traiter comme un pestiféré (désolé, j’ai pas pu résister…) Plus généralement, la numérisation des données de santé est un problème épineux depuis longtemps, et s’inquiéter uniquement de discrimination revient à éluder les vrais problèmes qui sont principalement économiques et financiers. Je vais probablement y consacrer tout un article quand j’aurais plus de temps. En attendant, autant ne pas réfléchir à la confidentialité de vos données de santé numérisées si vous ne voulez pas devenir complètement paranos. Même en oubliant l’incompétence du personnel administratif et les erreurs informatiques (dont je vous ai donné un exemple ci-dessus), on est en face du même problème que lors des attentats terroristes des années 90, quand l’État s’est mis à demander aux banques privées de donner tous leurs mots de passe alors même que l’État possède des banques publiques. La lutte contre le terrorisme se transformait en espionnage industriel, et toutes les banques privées ont refusé de céder à l’État leurs données personnelles. Avec la numérisation des données de santé, au lieu de se limiter à des personnes morales ce type de problème va s’étendre à toutes les personnes physiques, avec des conséquences financières plus que probables, et un risque de fuites littéralement international.

Mais tout n’est pas si dramatique dans cette évolution de toutes façons inévitable. Concernant les dossiers médicaux par exemple, la situation qui s’annonce va plutôt m’arranger. Pour citer mon cas personnel, nous avons eu un litige au sujet de ma fille avec le médecin d’un hôpital il y a quelques années, et suite à notre recours en justice, l’hôpital a perdu tout le dossier médical de ma fille pendant un déménagement (et c’est très gros, un dossier médical). J’ai beau essayer de me convaincre qu’il s’agit d’une coïncidence, ça m’est un peu resté en travers de la gorge. Tout ira beaucoup mieux pour tout le monde si le patient peut lui-même télécharger son dossier médical sur son compte afin d’en faire une copie sur son disque dur. L’inconvénient, c’est que votre dossier médical va devenir aussi confidentiel que la passoire qui vous sert d’ordinateur, connecté à la passoire qui vous sert de modem (la Box, comme on dit de nos jours). Pas de surprise à ce niveau.

Oh, et pendant que j’y pense, j’avais également écrit tout un paragraphe sur la Sécurité sociale des artistes que je vais m’empresser de transformer en article de blog très prochainement. Rendez-vous donc dans un prochain article pour la suite !

A propos Eric Peyron

Eric Peyron n'est un Expert en Rien. Après trois années de Fac dont deux redoublements, Peyron a commencé les petits boulots en intérim pour gagner un peu de blé. Heureusement, inconditionnel de comics en version originale (à cause de la censure et des traductions lamentables de la plupart des versions françaises de l'époque), Peyron est rapidement devenu traducteur d'anglais autodidacte pour des magazines informatiques des années 1990-2000, puis pour de nombreuses sociétés de traduction. Suite au refus par ces mêmes sociétés d'accepter une augmentation de ses tarifs en vingt ans, Peyron a fini par revenir à ses premiers boulots au SMIC, qui paradoxalement, vingt ans plus tard, rapportent plus que des traductions techniques… Actuellement, l'Expert en Tout fait donc de la mise en rayon, des inventaires et démonstrations en grande surface, monte et démonte des stands d'animation, donne des flyers aux passants dans la rue, distribue des prospectus dans vos boîtes aux lettres, et remplace des affiches dans les toilettes des bars et restaurants. De jour comme de nuit. Accessoirement, il est aussi auteur de BD en auto-édition, mais ça, vous le savez probablement déjà. Bref, Peyron est un type qui ne comprend absolument rien à rien, comme la plupart des imbéciles qui se baladent régulièrement sur les réseaux sociaux, mais ça va pas l'empêcher de donner son avis !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.