Auteurs et Sécurité sociale

Il y a quelques mois (oh, que ça semble loin, tout ça…), on a eu droit à un coup de gueule sur Actualitté.com à propos des carences de la Sécurité sociale des auteurs. Je pense que ça vaut quand même le coup de résumer l’une de ces carences : à l’heure actuelle, si votre bouquin marche plutôt bien, et qu’après quelques années de succès, vous avez un accident entrainant une invalidité temporaire, la Sécurité sociale vous versera des indemnités journalières pendant votre congé maladie. Si votre bouquin marche bien cette année, mais n’a pas donné grand chose l’année précédente, vous n’aurez rien. Si vous êtes dans la merde depuis le début de votre carrière d’auteur de BD, vous n’aurez rien. Vos frais de consultation et de médicaments seront remboursés dans tous les cas, mais vous ne toucherez AUCUNE indemnité journalière. La seule solution dans ce cas est de cotiser en plus (et avant l’accident…) sur la base d’une assiette forfaitaire qui vous permettra de bénéficier d’indemnités journalières minimum. Alors que vous ne touchez presque rien. Autant dire qu’il est préférable de travailler pour un éditeur qui s’y connaît un peu, et qui vous préviendra à l’avance de ce genre de détail administratif.

Ayant vécu une situation similaire lors de mes dernières années de traducteur indépendant (en pire, aucune indemnité journalière n’est attribuée par la sécu à un indépendant en congé maladie quel que soit le cas), je comprends tout à fait le problème. À cette époque, étant de moins en moins bien payé en tant que traducteur, j’avais commencé les petits boulots salariés en parallèle, et je cotisais donc à deux caisses de sécurité sociale à la fois, la RAM pour mon métier de traducteur et d’éditeur, et la CPAM pour mes métiers de salarié (le statut idéal du point de vue des cotisations sociales, les fonctionnaires étant le haut du panier). Je me suis déclaré en congé maladie parce que… ben parce que dans ces cas là, administrativement, c’est un peu ce qu’on est censé faire, et j’ai découvert que la RAM n’attribuait pas d’indemnités journalières. Je me suis alors tourné vers la CPAM qui m’a dit que je n’avais pas encore cumulé assez de points pour prétendre à ces indemnités. En résumé et pour faire simple, je cotisais en double pour tout le monde, sauf pour moi.

En fait, la Sécurité sociale, c’est un peu comme un jeu organisé par des psychopathes : vous cumulez des points, et au bout d’un certain nombre de points, si toutes les conditions sont remplies, vous pouvez vous permettre d’avoir un accident grave. Sinon, ben, tant pis. Si vous vous cassez le bras qui dessine, il ne vous reste plus qu’à apprendre à dessiner avec l’autre bras pour continuer à travailler. Où avec les dents.

Et pendant ce congé maladie, vous êtes officiellement pris en charge par la Sécurité sociale, qui vous expliquera que vous n’avez pas non plus le droit de toucher un chômage, ni travailler dans d’autres secteurs pendant votre période de congé maladie. Bref, administrativement (et par extension, financièrement), votre situation deviendra complètement bloquée.

Loin de moi l’idée de vous conseiller de bien examiner votre situation administrative avant de déclarer un accident à la sécu, mais… Ah, comment dirais-je ? Bon, je vais réfléchir aux mots que je devrais utiliser pour écrire cette phrase, et je mets à jour cet article dès que j’ai trouvé.

Ah oui, j’oubliais : il reste quand même quelques possibilités. Si vous n’êtes pas d’accord avec la décision de la sécu au sujet de la dégringolade de votre situation financière après un accident grave, vous avez le droit de remplir une demande de dérogation qui sera examinée pendant la durée de votre congé maladie. Si vous n’avez pas assez de points, la sécu n’est pas en faute, et votre dérogation sera refusée après la fin de votre congé maladie (quand on aura eu le temps de la traiter). Heureusement, pour les cas les plus graves que la sécu a elle-même créés, l’assistance sociale de la sécu est à votre disposition pendant toute la durée de votre congé maladie. Pas après. Après, vous dépendez de l’assistance sociale du Conseil général, comme tout un chacun, ce qui décharge l’assistance sociale de la sécu d’un lourd fardeau. Donc, n’attendez pas les résultats d’une éventuelle demande de dérogation pour contacter l’assistance sociale de la sécu s’il y a lieu. Il y aura probablement moins d’attente.

Ceci-dit, pour revenir au monde de la BD, le principal argument de l’article d’Actualitté.com était tellement marrant (et classique), que c’est un plaisir de le coller ci-dessous :

« Nous sommes le secteur de la création : sans nous, pas de livres ni de librairies ni de bibliothèques ; pas d’expositions ni de musées, de centres d’art, de galeries ; pas de films, pas de séries, ni de cinémas ; pas de spectacles, pas de festivals, pas d’affiches, pas de programmes… »

Quand je lis ça, je me dis qu’on essaie de nous assassiner, mais est-ce que je suis vraiment inclus dans le lot ? Parce que j’ai la fâcheuse impression que, quand l’auteur de l’article a écrit son petit speech, il pensait aux artistes sérieux, pas aux mecs comme moi. Pour avoir un aperçu de tous les problèmes que j’ai eu en 12 ans d’existence, vous pouvez consulter plein d’autres articles de ce blog ! Et pour en savoir encore plus, vous pouvez même vous procurer mon premier livre, 10 ans de galère !

Vous trouverez le lien vers l’article auquel je fais référence sur la page d’annexe de ce blog à cette adresse.

A propos Eric Peyron

Eric Peyron n'est un Expert en Rien. Après trois années de Fac dont deux redoublements, Peyron a commencé les petits boulots en intérim pour gagner un peu de blé. Heureusement, inconditionnel de comics en version originale (à cause de la censure et des traductions lamentables de la plupart des versions françaises de l'époque), Peyron est rapidement devenu traducteur d'anglais autodidacte pour des magazines informatiques des années 1990-2000, puis pour de nombreuses sociétés de traduction. Suite au refus par ces mêmes sociétés d'accepter une augmentation de ses tarifs en vingt ans, Peyron a fini par revenir à ses premiers boulots au SMIC, qui paradoxalement, vingt ans plus tard, rapportent plus que des traductions techniques… Actuellement, l'Expert en Tout fait donc de la mise en rayon, des inventaires et démonstrations en grande surface, monte et démonte des stands d'animation, donne des flyers aux passants dans la rue, distribue des prospectus dans vos boîtes aux lettres, et remplace des affiches dans les toilettes des bars et restaurants. De jour comme de nuit. Accessoirement, il est aussi auteur de BD en auto-édition, mais ça, vous le savez probablement déjà. Bref, Peyron est un type qui ne comprend absolument rien à rien, comme la plupart des imbéciles qui se baladent régulièrement sur les réseaux sociaux, mais ça va pas l'empêcher de donner son avis !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.