Le complotisme, Part One

Le complotisme, vous en avez tous entendu parler, même si vous ne faites pas partie d’un réseau social, et vous l’avez tous subi si vous vous connectez régulièrement à vos comptes Facebook, Twitter, Instagram, et autres. La mode du complotisme a explosé avec l’élection de Trump il y a quatre ans, lui-même vecteur principal de tous les complots qui l’arrangent (c’est d’ailleurs la première fois qu’un président propage autant de fake news aussi évidentes), et n’a pas l’air d’être prêt de s’arrêter.

Le complotisme est naturellement une conséquence de ce que les psys appellent la paranoïa. La paranoïa, contrairement à ce qu’on essaie de vous faire croire, ce n’est pas une maladie mentale. Elle ne devient une maladie mentale que lorsqu’elle est poussée à l’extrême, et si vous devenez complotiste, il y a des chances qu’elle ne soit justement pas poussée à l’extrême. Si vous faites de l’informatique, considérez la paranoïa comme un système de sécurité. Si vous vivez dans un environnement où le danger est omniprésent, la paranoïa sera certainement un sentiment très sain qui fera partie de votre vie. En revanche, si vous vivez dans un environnement sécurisé, elle commencera à se pervertir, et se changera en une forme de philosophie qui vous permettra tout simplement de ne pas sombrer dans la dépression. Quelle forme de philosophie ? Celle qui consiste à nier systématiquement les accidents. Un accident résulte d’une suite d’événements logiques non linéaires dont la compréhension est théoriquement complètement inaccessible. Si vous croyez aux accidents, vous n’aurez pas forcément de religion par exemple, parce que la vie n’a peut-être été créée que par accident. En revanche, si vous êtes paranoïaque, il y a de grandes chances que vous ayez une croyance sous une forme où une autre, et si un jour vous assistez à une catastrophe, vous n’allez pas croire qu’elle s’est produite par hasard. Et la base du complotisme, c’est ça.

En étant un peu réaliste, on peut comprendre qu’il est pratiquement impossible de mettre en œuvre ce qu’on appelle un complot. Des complots, tout le monde en fait. On commence à en concevoir à l’école, et on continue adulte pour bénéficier de cette illusion de contrôle qui nous protège de la dépression. Et bien entendu, on s’imagine aussi qu’on les subit. Les concevoir, c’est bien joli, mais les réaliser, ça dépend de trop de facteurs, donc c’est pratiquement impossible

Tiens ben, le meilleur exemple, c’est d’analyser comment procède RT et ses médias dérivés, qui sont de véritables professionnels de la propagande : tout ce que fait RT, c’est orienter et polariser vos opinions. Si un événement n’est pas en faveur de la Russie par exemple, RT peut le mentionner, mais il n’est pas partagé en masse sur les réseaux sociaux, et si un événement est susceptible de déstabiliser un pays avec qui la Russie a de mauvais rapports, il est partagé en masse sur les réseaux sociaux de ce pays. Vous avez suivi ? Alors vous avez compris que RT n’a aucun moyen de monter un complot. Tout ce qu’un véritable professionnel de la propagande peut faire, c’est contribuer à créer des complotistes. Foutre le bordel, en d’autres mots. Et si ça marche aussi bien, c’est parce qu’à l’heure où j’écris ces lignes, toutes une génération de citoyens en âge de voter a grandi avec les flux partagés en masse par RT et ses médias dérivés. Vous êtes musulman ? Les réseaux sociaux ont renforcé votre racisme anti-juif et votre intégrisme. Vous êtes juif ? Les réseaux sociaux ont renforcé votre racisme. Dans ce même ordre d’idées, vous devriez aussi vous demander pourquoi le nazisme est de plus en plus répandu… Impossible d’échapper à cette polarisation si vous avez grandi avec vos réseaux sociaux préférés. Et je n’ai même pas encore commencé à mentionner les algorithmes de ces réseaux sociaux, qui vont par nature faire empirer le phénomène.

Et maintenant qu’on a passé cette longue introduction, on va essayer de passer les complots en revue… dans une deuxième partie de cet article, à venir prochainement.

A propos Eric Peyron

Eric Peyron n'est un Expert en Rien. Après trois années de Fac dont deux redoublements, Peyron a commencé les petits boulots en intérim pour gagner un peu de blé. Heureusement, inconditionnel de comics en version originale (à cause de la censure et des traductions lamentables de la plupart des versions françaises de l'époque), Peyron est rapidement devenu traducteur d'anglais autodidacte pour des magazines informatiques des années 1990-2000, puis pour de nombreuses sociétés de traduction. Suite au refus par ces mêmes sociétés d'accepter une augmentation de ses tarifs en vingt ans, Peyron a fini par revenir à ses premiers boulots au SMIC, qui paradoxalement, vingt ans plus tard, rapportent plus que des traductions techniques… Actuellement, l'Expert en Tout fait donc de la mise en rayon, des inventaires et démonstrations en grande surface, monte et démonte des stands d'animation, donne des flyers aux passants dans la rue, distribue des prospectus dans vos boîtes aux lettres, et remplace des affiches dans les toilettes des bars et restaurants. De jour comme de nuit. Accessoirement, il est aussi auteur de BD en auto-édition, mais ça, vous le savez probablement déjà. Bref, Peyron est un type qui ne comprend absolument rien à rien, comme la plupart des imbéciles qui se baladent régulièrement sur les réseaux sociaux, mais ça va pas l'empêcher de donner son avis !

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